Durant son enfance au Vietnam, Tony a été bercé par les séries télé et les émissions ayant pour thème les arts martiaux. Le « showbrother », programme très populaire au Vietnam, était l'un de ses favoris. Comme tous les enfants, il aime l'Opéra de Pékin, qui lui donne envie de toucher aux arts du spectacle. Tony a toujours adoré s'identifier à ses modèles comme Bruce Lee et Jet Li ; il était donc logique que son rêve soit de les imiter. Pour cela, dès son adolescence, il s'adonne au sport ainsi qu'au Hip Hop, dans son quartier.
Attiré par le milieu artistique, il compte bien mettre en pratique sa passion et pourquoi pas en faire son métier. Seul hic : ses parents, qui ne le suivent pas vraiment dans son projet artistique. Tony s'oriente alors vers quelque chose de plus « terre à terre » : le lycée, puis un BEP professionnel en informatique. Il tente alors de rentrer dans diverses écoles, notamment de dessin,
mais le désaccord de ses parents et le prix trop élevé des cours l'obligent à abandonner cette voie. Il opte alors pour un BEP électronique qu'il obtient avec « la mention bien », me précise t'il très fier de lui. Il avoue que « l'intérim [lui]a servit à gagner [sa] vie ». Mais, à un moment, il a bien fallu qu'il fasse un choix entre son « gagne pain » et sa passion.
« Les études d'informatique ne me passionnaient pas trop en fait » confie t'il. Mais il se rendit compte que ses études pouvaient rejoindre sa passion. Il continua alors à travailler dans diverses entreprises et poursuivit ses études, ajoutant à ses diplômes un BTS de gestion informatique. Mais au bout du compte il n'exerçait toujours pas sa passion comme « vrai métier ». Il prit donc la décision de tenter sa chance et abandonna l'intérim pour travailler les arts martiaux, monter des spectacles et des courts métrages.
« A mes débuts j'ai beaucoup travaillé et ça n'a pas toujours été facile ». Une chance qu'il vive encore chez ses parents ! D'ailleurs, ces derniers ont fini par accepter le choix déterminé de leur fils, d'autant qu'il possédait, il fallait bien l'avouer, un certain talent. Tony commence à réfléchir sur divers projets très différents, et sur des techniques. Il monte des spectacles, des créations. Dans des projets qu'on lui confie, Tony peut enfin montrer ce qu'il vaut. Il réalise alors des shows pour les premières de Matrix et de Taxi à Paris. Il fait aussi quelques apparitions à la télévision pour diverses occasions.
Commence alors une phase de spectacles « plus techniques », comme des pyrotechniques et aussi des courts métrages pour la télé. Aujourd'hui, contrairement à ses débuts, il « peut vivre de ses créations ». En revanche, malgré tout son travail, il n'est pas reconnu comme intermittent du spectacle et est inscrit à l'ANPE.
D'ailleurs, Tony est très sensible au statut des cascadeurs en France et reproche beaucoup de choses au système français dans ce domaine. « La France a un certain retard par rapport à d'autres pays comme les Etats-Unis pour les effets spéciaux mais aussi dans la pratique de la cascade » affirme t'il. Pour lui, les cascadeurs aux Etats-Unis sont d'avantage mis en valeur alors qu'en France ils sont « trop derrière les acteurs ». Tony est « à fond » pour Internet. Pour lui, c'est un excellent moyen de se faire connaître sans pour autant passer par la télévision ou les maisons de production en général. Un grand nombre d'artiste reconnus ont en effet réussi à percer grâce a Internet.
Tony se sent cependant exclu du système car « dans ce milieu on ne donne pas assez de place aux jeunes, on ne les laisse pas tenter leur chance ». En effet, les chorégraphes et les réalisateurs font malheureusement toujours appel aux mêmes cascadeurs « qui gagnent très bien leur vie et qui pourraient laisser la place a des plus jeunes dans certains projets ». Selon Tony, beaucoup de gens ont donc du talent mais ils n'ont pas la chance de pouvoir prouver ce qu'ils valent.
« Mordu du travail », Tony travaille énormément, à la fois sur des projets qu'on lui confie et sur ses propres créations. Il est extrêmement créatif, toujours à la recherche de nouvelles idées. Grâce à ses diverses formations, il est a présent très « complexe » : il travaille aussi bien sur la technique, la réalisation, la conception, les effets spéciaux, mais aussi sur les cascades et la mise en scène de combats.
Ne lui demandez pas ce qu'il veut faire plus tard ou comment il se voit dans 10 ans, Tony ne le sait pas, il vit sa vie au jour le jour. Bien sûr, il aimerait percer dans le milieu et pour cela il se diversifie d'avantage, écrivant ses propres scénarii pour peut-être réaliser des films à son tour. Il a aussi pas mal d'idées plus techniques pour améliorer certains effets spéciaux.
Son rêve serait d'aller vivre aux Etats-Unis pour avoir sa chance. Réussir oui, mais pas à tous les moyens. Pas question de passer à la télévision ou entrer dans le « système du show-biz » : « Je veux bien être en partenariat avec la télévision mais je ne veux pas en dépendre ». Tony a déjà reçu des invitations « VIP » pour des soirées mais il refuse de rentrer dans ce système : « je ne propose pas mes services à n'importe qui ». Tony se cherche encore mais il veut devenir un artiste à part entière mais pas « artiste-star » pour autant.
« Avant tout je veux faire ce qui me plaît, même si j'ai du faire des sacrifices et si je dois encore en faire. Mais j'espère aussi sensibiliser et mobiliser les jeunes. Je souhaite que mon talent soit reconnu et que je sois apprécié pour ce que je fais et si je peux donner envie à d'autres de se lancer dans ce domaine et bien j'en serai ravi ».
Perrine Le Ralle